Entretien avec ManuBerk du collectif BallePerdue

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Le Collectif BallePerdue avait prévu de nous rendre visite au festival du Mai du théâtre avec sa dernière création « GORA »; mais étant donné la réduction drastique de la pollution de l’air et la surprenante restauration des écosystèmes naturels, ils ont décidé ne pas venir au festival par peur de respirer un air trop faible en CO2 ou d’être attaqués par une algue de retour dans son habitat naturel.
Depuis B.L.F nous avons activé le protocole « appelez-moi à cinq heures » et nous avons
parlé avec Manu Berk (Écritures et images critique) du Collectif Balleperdue et collaborateur de notre fanzine depuis ses début.

Allons y! Pourquoi Collectif et pas Compagnie ?
Parce qu’on était plus proche d’un rassemblement d’artistes pluridisciplinaires, plus proche des arts visuels, et de l’image, que du théâtre pur. Du coup, franchement c’est venu assez naturellement sans grande réflexion autour de ces différences.

Une balle perdue est un projectile qui frappe un endroit différent de celui prévu par le tireur.
Combien y a-t-il d’intention ou d’accident dans vos projets ?
Rires. On est tous de très mauvais tireurs dans la bande, d’ailleurs on a jamais tenu un fusil à part une fois à la fête foraine, au stand de tir, je tirais à côté des ballons, bim bam boum dans les cadeaux à côté. Le forain a pété un plomb et Ander l’a échapé belle! Ca nous a côté 40 balles cette histoire à la con.
On est vraiment une bande de naze.
Notre intention se réduit assez rapidement à du dommage collatéral.
Poétique bien sûr!

Un des signes d’identités de vos propositions est qu’elles sont réalisées dans des espaces non « conventionnels »; une forêt, un parking ou un skate park. Pourquoi cette invitation à nous retrouver dans ces lieux ? Quels outils utilisez vous pour y parvenir?
C’est vrai, on est très soucieux de l’espace dans lequel inscrire notre parole. On considère l’espace, le paysage, comme un acteur à part entière qui participe à la dramaturgie.
On aime sortir des “centres villes” ou des “coeurs de festivals” afin de proposer au public une “pause”, une “déviance”, un “pas de côté”. Je dirais même “un silence”.
La force du “théâtre de rue”, récement renommé, “théâtre en espace public”, c’est de proposer ce théâtre à ciel ouvert, de convoquer le “cosmos”, et de dialoguer avec le génie et la magie des lieux…des espaces parfois oubliés, parfois silencieux.
Une parole poétique proposée entre ciel et mer ou dans un skatepark résonne autrement qu’au milieu des bruits habituels de la ville.

Quels outils?
Un travail de contextualisation intense sur le lieu, puis…un bon groupe éléctrogène, ou un bon techos pour te brancher quelque part (rires).
Mais c’est vrai, que c’est encore aujourd’hui, une petite bataille avec les organisateurs pour faire comprendre ce choix qui complique parfois les zones habituelles de représentations. Faut un peu batailler, mais on y arrive.
Je pense qu’avec Aitz et Aurélie, on n’aura pas de problèmes si tu veux savoir!
(note : ce sont les organisateurs du festival)

Nous sommes curieux de savoir, en général, quel est votre processus de création pour monter vos projets.
Par exemple: GORA.

En général, j’écris un large texte matière, fragmenté, en désordre. Je n’écris pas de manière linéaire, on NE suit pas une narration classique, j’écris plutôt comme un plasticien, par image, par coup, par des micro chapitres. Marlène, la metteuse en scène, vient découper et ordonner tout ça et pense “musique”. Elle me propose de retoucher des choses afin d’y trouver une certaine musicalité et que mes mots puissent résonner en bouche, en vivant, on est plus proche du concert, du mot scandé, du “spoken word” que du théâtre, du dialogue.
Ensuite, elle pense à une équipe, des espaces, un délire artistique, et puis arrive la réalité :
monter un budget, des dossiers, écrire des PDF, trouver des partenaires, trouver de l’argent, des lieux de résidences, envoyer 150 mails, attendre des réponses, passer 50 appels téléphoniques, faire des relances,…

Mais pour Gora, ça vient à la base d’un appel à écriture qui avait pour thème “langue et révolte”, Marlène me dit : “putain mais tu devrais écrire sur ton parcours sans langue basque au milieu des basques”. Et tout commença là.

Tu te définis comme “agitateur autour du verbe subvertir” au sein du Collectif, comme écrivain et chercheur d’images. Tu peux nous expliquer comment tu fais?
Je galère! (rires), je ne me pense pas du tout subversif bien au contraire. Mais j’essaie au moins parfois, que ça grince un peu, de provoquer un micro doute.
Mais la subversion en art, est quelque chose qui m’a toujours intéressé. Voir même aujourd’hui comment des pratiques dites subversives se font récupérer et deviennent à leur tour des académies. (j’en avais fait un mémoire en esthétique sur l’académisme et l’idiotie en art).
C’est délirant ce processus.
Mais ma double pratique d’écriture et de dessin, permet de faire des va-et-viens qui se questionnent et se répondent…

Pour finir, en ce moment, devant quels cinq mots mettrais-tu le mot GORA ?
GORA TOI
GORA MOI
GORA DADA
GORA DALIDA
GORA GU TA GUTARRAK

Avant de raccrocher Manu Berk nous informe que si tout rentre dans l’ordre et qu’il n’y a aucun danger qu’un sanglier désorienté par le manque de bruit les attaquent, Balleperdue Collectif nous rendra visite en mai prochain.

Eskerrik asko eta besarkada haundi bat!

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